Acupuncture : questions fréquentes, folklore et réalités.
Au long de ma carrière, j’ai eu l’occasion de constater qu’il y a des questions de la part de mes patients qui se répètent plus souvent que d’autres. Voyons !
1. Q : Dans quelles maladies l’acupuncture est indiquée ?
R : Dans ma pratique, la plupart des patients (entre 40 et 50%) viennent pour différentes affections musculo articulaires, allant depuis entorses jusqu’aux rhumatismes rebelles. Mais les indications de l’acupuncture vont bien au-delà de la rhumatologie. Elle peut rendre service dans les troubles d’humeur et de sommeil, en maladies de nutrition, en gynécologie, en ORL, dans les troubles digestifs, les addictions et ainsi de suite. En 1979 l’OMS a établi une liste de 43 maladies où l’acupuncture est indiquée. La liste a été fortement élargie en 2002. Il est plus facile de répondre à la question opposée, où la liste est plus courte : quelles sont les cas où l’acupuncture n’améliore pas la maladie ? Il s’agit de certaines insuffisances d’organe (comme la plupart des insuffisances rénales qui ne répondent pas à l’acupuncture), de certaines maladies graves (je n’ai jamais vu un cancer guéri par l’acupuncture), ou des cas où la chirurgie s’impose (« la limite de l’acupuncture est la chirurgie »). Même dans les cas des plus redoutables, l’acupuncture peut apporter un soulagement, sinon de la maladie même, un soulagement des symptômes liés soit à la maladie, soit aux effets secondaires dues à son traitement.
2. Q : Les aiguilles d’acupuncture, ça fait mal ?
R : La piqure (de certains points plus que d’autres) peut être certainement désagréable, mais il n’est pas permis que les aiguilles fassent mal quand elles sont déjà sur place. Il faut savoir que les aiguilles qu’on utilise en pratique d’acupuncture sont bien plus minces que celles des couturières ou des infirmières. Dans mon cabinet j’utilise des aiguilles ayant le calibre entre 0.16 et 0.25 mm, exceptionnellement au-delà. Puis, il faut savoir qu’il existe aussi ce qu’on appelle, de façon paradoxale, « acupuncture sans aiguilles ». Un tout petit peu moins efficace, mais sans piqûre, sans douleur. Que ça soit par aiguille, par courant électrique, par LASER, par chaleur/froid ou par simple massage, c’est important d’agir sur les points d’acupuncture et que ça soit bien ces points-là visés. Cette « acupuncture sans aiguilles » est indiquée chez les enfants et chez toute personne qui a la phobie des aiguilles.
3. Q : L’acupuncture, comment ça marche ?
R : À vrai dire, le mécanisme par lequel l’acupuncture fonctionne n’est pas connu. Tout ce qu’on sait c’est que les méridiens et les points ont une existence objective (d’ailleurs j’utilise assez souvent un détecteur des points). Mais comment ça se fait qu’en piquant, par exemple, un point près de la cheville, ça provoque un changement sur l’estomac, personne ne peut prétendre en savoir. Alors, la théorie de l’acupuncture utilise un modèle de la réalité, selon lequel il y a une circulation de ce qu’on appelle « souffle » ou « énergies » dans l’organisme, les méridiens étant comme des autoroutes pour l’énergie, tandis que les points d’acupuncture sont des points où on peut influencer cette énergie. Pour un médecin chinois, de hier tout comme d’aujourd’hui, peu importe si ce modèle est vrai ou faux, il est important que ça fonctionne.
4. Q : L’acupuncture est remboursée ?
La consultation d’acupuncture est remboursée, comme toute consultation, à la hauteur de 30 euro. La séance est remboursée comme un acte technique valorisé à hauteur de 18 euros, pourvu que ça soit dans certaines indications (douleurs, nausées et vomissements, syndrome anxio-dépressif, addictions) et qu’elle soit faite par un médecin conventionne et formé en acupuncture (ou une sage-femme conventionnée et formée en acupuncture obstétricale), sachant que pas toutes les formations sont considérées qualifiantes par l’Ordre des Médecins. Même dans ces conditions, que j’apprécie très restrictives, sauf les cas d’urgence, le patient est mieux remboursé si les séances sont faites dans le cadre de ce que la Sécu considère « un parcours de soins coordonné », c’est-à-dire, pour faire simple, si consultations et séances sont faites par le médecin traitant qui est lui-même acupuncteur, ou bien si le patient vient muni d’une ordonnance de la part de son médecin traitant ou encore s’il vient muni d’une ordonnance de la part d’un médecin spécialiste (auquel il a été envoyé par son médecin traitant).
Dans d’autres indications où les séances ne sont pas remboursables par la Sécu, tout comme dans le cas de dépassements d’honoraires, certaines mutuelles, selon le contrat avec l’assuré, peuvent rembourser les honoraires ou le dépassement seul. Dans de tels cas, le médecin va délivrer une note d’honoraire à la place ou en plus de la feuille de soin (électronique ou en papier). Par ailleurs, je ne connais aucun médecin qui fasse des séances d’acupuncture, qui durent habituellement 40 minutes, sans dépassement d’honoraire. Pour 18 euro, à ce tarif là, votre garagiste ne va pas nettoyer le pare-brise de votre voiture…
5. Q : Combien de séances d’acupuncture faut-il en faire ?
Alors là, la réponse ne peut être qu’au cas par cas. Selon la maladie, l’ancienneté de la maladie, etc. Normalement, au bout d’une consultation initiale, le médecin pourra prévoir un nombre de séances et leur rythmicité. Dans le cas d’une entorse, par exemple, une seule séance est habituellement suffisante. Mais dans le cas de maladies multiples et anciennes, on peut aller jusqu’à 12 séances.
6. Q : Et la consultation, ça se fait comment ?
La consultation d’acupuncture, du moins la consultation initiale, ressemble à une consultation médicale habituelle, ayant toutefois quelques particularités. Par exemple, votre médecin aura une attention spéciale à examiner votre pouls et votre langue (raison pour laquelle il est bien qu’on ne mette rien dans la bouche, gomme à mâcher y compris, dans l’heure qui précède la consultation). Car le but de la consultation n’est pas seulement d’établir un diagnostic de maladie dans le sens de la médecine européenne, mais aussi d’établir ce que nous appelons un « diagnostic énergétique », qui est essentiel pour la conduite du traitement.
dr. M.D., le 25 mai 2026