Aggravation homéopathique versus aggravation de la maladie



     Est-ce que l’homéopathie peut provoquer une aggravation ? Si les adeptes extrémistes de l’homéopathie croient que ça guérit tout, tandis que ses détracteurs acharnés sont persuadés que l’homéopathie n’a aucun effet (ou, au plus, elle a ce qu’on appelle un « effet placebo »), alors un truc comme «aggravation homéopathique» ne peut pas exister !

     Pourtant, cela existe bel et bien. Dans un article précédent sur une liste d’idées reçues en homéopathie, j’avais écrit que ce sujet vaut un article à part entière. Tous les médecins qui en pratiquent ont constaté maintes fois que, dans certains cas, après la prise d’un médicament homéopathique les symptômes peuvent s’aggraver. Paradoxalement, une telle évolution qui peut alarmer le patient est une raison pour que son médecin s’en réjouisse. Pourvu qu’il s’agisse d’une aggravation homéopathique et non pas d’une aggravation de la maladie. Comment faire la distinction entre l’une et l’autre ? Y a-t-il des critères ?

     Il y en a. Je parlerai de quatre critères essentiels pour faire la distinction, à l’aide que quelques exemples.

     À une consultation de contrôle après un mois depuis la consultation initiale, le médecin demande « Madame Delarue, est-ce que votre douleur de jambe droite pour laquelle vous m’avez consulté s’est améliorée après avoir pris le médicament que je vous avais prescrit ? » « Mais pas du tout, docteur, le lendemain je n’en pouvait plus et j’avais même du mal à chaque mouvement. Heureusement j’ai été voir un magnétiseur qui m’a fait beaucoup de bien : dans seulement trois jours, après seulement trois séances de magnétisme, j’ai été guérie ! ». À une telle réponse, son homéopathe sourit. Il sait que, très probablement, il est devant une aggravation homéopathique.

     Cela dit, on peut formuler le critère N°1 (le plus simple) : une aggravation homéopathique est toujours de courte durée (des heures ou des jours, jamais des semaines), tandis qu’une « aggravation réelle », c’est-à-dire une aggravation de la maladie même, s’inscrit dans la durée.

     Prenons, maintenant, au autre exemple : Mademoiselle Duchamp, qui était venue il y a deux mois pour une acné, maintenant est arrivée à la consultation de suivi. « Ce que je constate apriori, mademoiselle, c’est que votre visage est largement mieux, puisque l’éruption que vous aviez est pratiquement disparue. ». « C’est vrai, docteur, vos petits bonbons ont rapidement améliorés l’éruption au visage, mais regardez ce que j’ai maintenant au niveau des épaules et des cuisses : cela semble la même chose que mon acné, sauf que je n’ai jamais eu ça avant ! »

     Peut-être vous préférez un autre exemple ? Prenons alors celui de Monsieur Dugrenier qui, désespéré après la énième crise de colique rénale, avait fini par consulter un homéopathe il y a deux mois. Depuis, comme par miracle, il n’a au aucune crise. Sauf que, quel malheur, maintenant il vient consulter pour une toute autre raison : vraisemblalement il a une hernie inguinale.

     Ces deux derniers exemples nous aident à formuler la loi de Hering (un grand homéopathe du XIX-ème siècle) qui sert pour critère N° 2: une maladie s’améliore si l’évolution se fait depuis le haut vers le bas, depuis l’intérieur vers l’extérieur. Par contre, la maladie s’aggrave si elle « monte » ou bien s’internalise ou si elle va depuis la périphérie du corps vers le centre.

     Notons que, dans le cas de l’acné, les choses sont assez claires : il s’agit de la même manifestation : une éruption de type acnéique, qui était avant sur le visage, pour qu’elle passe ensuite sur épaules et cuisses. Cela aurait été intéressant que le médecin pose la question dans quel ordre (épaules ou cuisses d’abord ?). Si l’évolution fut de type épaule d’abord, ou si elle a été sur les deux en même temps, cela renforce l’hypothèse d’une évolution dans le bon sens. Par contre, une acné qui est localisé premièrement sur les épaules pour arriver ensuite au visage devrait mettre le médecin en doute sur l’efficacité de sa prescription initiale, donc il devrait chercher rapidement une meilleure solution.

     Dans le cas de M. Dugrenier, on a une succession de deux choses qui apparemment n’ont rien à voir : une colique rénale et une hernie inguinale. Le sens de cette évolution est peut être favorable, car il s’agit d’une évolution vers une couche plus externe et plus périphérique du corps, mais pourrait tout aussi bien être une simple coïncidence : deux maladies différentes qui n’ont fait que se succéder l’une à l’autre. Comment son médecin pourrait savoir ? Eh bien, il ne pourrait pas à coup sûr. Pourtant, si dans les caractéristiques du médicament qu’il a prescrit se trouvent les deux indications, cela pourrait incliner (de façon prudente !) la balance vers l’hypothèse d’une évolution favorable dans le sens de la loi de Hering.

     Un tout autre exemple nous sera utile pour énoncer un troisième critère.

     Cette fois, c’est Monsieur Duverger qui est venu à peine avant-hier pour un sacré psoriasis dont il souffre depuis belle lurette. Au téléphone, il dit « Docteur, je crois qu’il n’y avait pas plus qu’une drogue dans ces petites flacons ! » « Comment ça, Monsieur ? » « Après la prise, dans des heures, mon pso a fleuri partout.» « Désolé d’une telle suite, cher Monsieur, mais pourquoi pensez-vous à une drogue ?! » «Docteur, il est vrai que j’avais des plaques un peu partout, pourtant je me sentais plein d’énergie et j’ai dormi comme jamais aussi bien auparavant.».

     Voici un cas typique pour le critère N°3 : une aggravation homéopathique est une aggravation des symptômes et est souvent accompagnée d’une amélioration de l’état général et plus spécialement de ce qu’on appelle communément « le moral ». Par contre, une aggravation de la maladie est souvent accompagnée d’une altération de l’état général, voire du « moral ».

     Autre exemple, autre critère : il s’agit de l’ancienne Madame Dupont, qui était venue il y a trois mois pour son asthme. Petit à petit ses crises se sont espacées pour finir par disparaître complètement (après une longue expérience en homéopathie, elle a bien retenue la règle d’espacer les prises de médicament suivant l’amélioration…). Mais, quel gâchis ! Elle a depuis trois jours, ou plutôt depuis trois nuits, des douleurs atroces sur le dos de sa main droite. Ces crises nocturnes à la racine du pouce semblent bien à correspondre à une crise de goutte. Alors son médecin lui pose la question : « Comme c’est étrange, Madame Dupont, je ne vous savais pas avoir souffert de goutte !». « Oh, docteur, cette crise me rappelle d’une autre que j’avais eu quand toute jeune, avant même que mon asthme débute ! ».

     Ce cas nous aide à formuler le critère N°4 : Si un symptôme considéré nouveau rappelle un symptôme ancien, cela plaide pour une aggravation homéopathique.

     Vous aurez compris que tous ces exemples sont très didactiques. Dans la vie réelle du médecin, tout comme de ses patients, les choses ne sont pas toujours si simples. Prenons le dernier exemple : si c’était l’inverse, si Mme Dupont avait longtemps souffert de goutte, pour avoir dernièrement une crise d’asthme qui lui rappelle une autre qu’elle pensait oubliée, le cas aurait été bien plus embrouillé : cela correspondrait au critère N°4, mais pas du tout au critère N°2, car le sens aurait été contraire à la loi de Hering (on aurait eu « internalisation de la maladie »). Comme nous ne sommes pas tous les homéopathes au niveau du Docteur Hering, cela peut arriver qu’on ait du mal à discerner. Ce qui est sûr c’est que chaque médecin doit faire un effort de distinguer entre l’aggravation homéopathique qui est toujours une aggravation qui concerne les symptômes et l’aggravation de la maladie qui touche plus longuement et plus profondément.

     Il nous reste à répondre à une question toute simple : est-ce que cette aggravation homéopathique survient à tous les cas ? Loin de là ! En effet, seulement dans une minorité des cas on note une aggravation homéopathique. Quand cela arrive, c’est le signe sûr que les choses vont dans le bon sens et cela deviendra visible rapidement. Finalement, trop peu importe si on parle d’une amélioration ou d’une aggravation homéopathique. Tant que les choses bougent, c’est bien. Le pire pour le médecin est quand les choses ne bougent pas du tout. Si à la consultation de contrôle le patient a les mêmes symptômes, avec la même intensité, si, de plus, il a le même état général qu’à la consultation initiale c’est le signe sûr que le traitement n’a pas agi. Alors, soit simplement le médecin n’a pas trouvé le médicament homéopathique qu’il fallait, soit une autre approche que l’homéopathie aurait été, dans un tel cas, préférable. Finalement, ici nous avons l’un des buts de la consultation de contrôle : en cas d’échec thérapeutique, rectifier la première prescription ou bien déférer le cas. Comment les patients pourraient nous aider à ne pas rater la consultation de contrôle ? Comment bien la préparer ? Voici un autre sujet à part entière, voici un sujet pour un futur article.

     Alors, à très bientôt !

dr. M.D, le 14 septembre 2024, à La Romagne.